Ethan (Marco Luraschi), 17 ans, débute une formation dans une écurie d’obstacles, l’épreuve la plus violente du galop. L’apprentissage pour devenir jockey dans cette discipline très exigeante est rude mais le jeune homme s’accroche. Au contact des purs-sangs, Ethan se révèle même très doué ce qui lui vaut des inimitiés dans cet univers très concurrentiel où peu de prétendants sont sélectionnés.
Alors qu’il découvre le monde très codifié des courses, sa passion grandit. Sa frustration aussi car Ethan constate qu’il est toujours au service des autres. Sous pression, sa nature de pourfendeur des règles reprend peu à peu le dessus.
L’écurie en famille
Lads est fortement ancré dans l’univers équestre, à double titre. La réalisateur Julien Menanteau a grandi entouré d’une famille qui vivait pour les courses. Ce fils de cavalier était tous les week-ends à l’hippodrome étant enfant et se décrit comme le « vilain petit canard » au sein d’une famille de « centaures », plus à l’aise à côté d’un cheval que au-dessus.
Il était donc prévisible que le cinéaste retourne aux sources et consacre un jour un de ses films à cet univers qu’il connaît par cœur. Une envie portée par la volonté de le raconter à travers le regard des « ouvriers du galop ». Et pour des raisons de crédibilité, impossible de ne pas faire tourner de vrais jockeys et de vrais chevaux d’obstacles. Un réalisme incarné par Marco Luraschi, fils de Mario Luraschi, célèbre dresseur de chevaux du cinéma français. Là aussi une histoire de famille qui offre une base solide et de la crédibilité à cette histoire d’ascension sociale au pays des purs-sangs. Le jeune acteur endosse ici son premier rôle principal après avoir débuté au cinéma à 11 ans dans Jappeloup (2013).
Marcher au pas
Lorsqu’il arrive à l’école de jockeys, Ethan porte un bracelet électronique à la cheville, souvenir d’une récente condamnation pour une histoire de vol. Cet obstacle encombrant impose d’emblée son caractère entier et impétueux. Son arrivée à l’écurie au début du film déstabilise quelque peu ; le jeune homme semble en effet être là un peu par hasard. À part son père Christophe (Léon Vitale) qui mise régulièrement aux courses, rien ne relie vraiment Ethan à cet univers très fermé.
Le parcours du jeune jockey montre toute la dureté de ce monde très masculin où le désir d’ascension sociale se heurte souvent à un plafond de verre infranchissable. Pris sous son aile par Suzanne (Jeanne Balibar), la dirigeante de l’écurie, et Hans (Marc Barbé), un ancien jockey fatigué, Ethan s’impose dans ce système à la rigueur militaire. Simple lad, garçon d’écurie qui s’occupe d’un cheval, il commence à croire en ses chances. Pourtant les places sont chères : un seul prétendant sur cent peut espérer devenir jockey.
Miser sur le bon cheval
Lads porte un regard très critique sur les courses hippiques. Si le cinéaste précise par précaution que tout le milieu n’est pas touché par les magouilles c’est bien ce que le personnage de Suzanne laisse entrevoir. Ne pas courir à fond pour faire remonter sa côte auprès des parieurs est l’une de ces injonctions immorales auxquelles Ehan doit faire face. Avec le dilemme d’accepter ou de ne pas se laisser intimider.
Cette pression provient également de son père qui lui demande des tuyaux pour ses paris et vient renforcer le jeune jockey dans l’idée qu’il va avoir du mal à trouver sa place. Julien Menanteau n’est pas tendre avec ce milieu qu’il considère anachronique et « confit dans le formol ». Lads est loin d’une célébration naïve de ses souvenirs d’enfance. Signe du libéralisme qui règne sur ce sport, Suzanne perd de son prestige lorsque le jeune jockey découvre que la plupart des chevaux dans l’écurie appartiennent à des Qataris. Le centre vit sous perfusion de leur financement.
Racheté par des fonds d’investissements étrangers – américains, saoudiens ou qataris donc – ce monde des courses hippiques apparaît tout de suite flamboyant. Pour enfoncer le clou, Lads traite de manière frontale le tabou du dopage. Une prise de substances doublement dénoncée car elle concerne aussi bien les chevaux que les jockeys. Le cinéaste assume ici un parallèle entre l’homme et l’animal qui n’est pas anodin.
Animal after all
Avec son jeune apprenti jockey en quête de reconnaissance, Lads joue la carte du film sportif où l’outsider est promis à une ascension méritée et attendue par le spectateur. Une formation difficile, un allié devenant un adversaire coriace (Phénix Brossard) et un embryon de romance avec une autre élève du centre (Ethelle Gonzalez-Lardued)… Le film semble joué d’avance.
Mais Lads détourne ce récit conventionnel et surprend avec une peinture du milieu qui n’est pas tendre. Car, au-delà des images des courses spectaculaires particulièrement réussies, le parcours du jeune jockey sert de toile de fond à une réflexion sur le traitement des sportifs et la condition animale. Si Ethan crée un lien intime indéfectible en mettant au monde « son » cheval au début du film, ce n’est pas un hasard.
Avec sa vision d’un milieu qu’il juge sur le déclin, Lads détourne le récit sportif « héroïque » habituel. Face à un libéralisme et une corruption qui poussent les organismes à bout, Julien Menanteau plaide pour un rapprochement naturel entre l’homme et le cheval, une fusion sans domination de l’un sur l’autre. Un retour séduisant à la définition initiale du centaure en somme.
> Lads réalisé par Julien Menanteau, France – Belgique, 2024 (1h31)