« When the Light Breaks », le deuil interdit

« When the Light Breaks », le deuil interdit

« When the Light Breaks », le deuil interdit

« When the Light Breaks », le deuil interdit

Au cinéma le 19 février 2025

Le temps d'une journée d'été, Una va être confrontée à un drame national qui la plonge dans un deuil solitaire. Œuvre délicate tout en retenue, When the Light Breaks capte l'impossibilité d'un deuil à cause d'un secret inavouable. Une plongée sensible dans un isolement cruel contrebalancé par de beaux faisceaux d'espoirs.

Lors d’une balade sur une plage islandaise, Una (Elín Hall) et Gunni (Mikael Kaaber) échangent sur leurs projets futurs à la lueur des derniers rayons de soleil. Des plans que le jeune couple d’amoureux ne verra jamais se réaliser. Au réveil, Una, étudiante en art, se réveille seule, Gunni est déjà parti. Sans batterie dans son téléphone, elle découvre tard dans la matinée que tous les médias du pays sont mobilisés sur l’explosion qui a eu lieu dans un tunnel faisant de nombreuses victimes.

Una apprend que Gunni se trouvait au moment de l’incident dans le tunnel. Il ne reviendra pas. Pour tenir le coup, Una se sert les coudes avec les amis de Gunni mais la présence de Klara (Katla Njálsdóttir), la petite amie officielle du disparu, la prive de toute expression de son désarroi.

When the Light Breaks © 2024 Compass Film & Halibut - Jour 2 Fête

Dépossession

Œuvre sensible, When the Light Breaks se déroule sur une journée, entre deux couchers de soleil. Un procédé qui renforce l’immédiateté qui se dégage de ce drame avec l’attente et le vide au cœur d’un propos saisissant sur le deuil. La journée dramatique est vécue à travers le ressenti de Una dont la relation cachée avec le disparu rend sa situation au sein du groupe très inconfortable. Maintenant son récit en équilibre, Rúnar Rúnarsson joue avec la notion du temps qui passe à travers une journée suspendue, découpée en somme d’éternités. Une sensation renforcée par l’envoûtant morceau Odi et Amo du regretté compositeur Jóhann Jóhannsson.

Il y a tout d’abord cette scène sur la plage. Deux jeunes amoureux avec l’avenir devant eux, profitant d’un présent plein de promesses. Puis l’interminable attente dans cette salle où sont réunis les proches des victimes potentielles de l’incendie dans le tunnel. Un moment suspendu puis le couperet tombe : Gunni est mort. Le temps n’a alors plus de consistance, lui aussi désagrégé par le choc. En traitant un drame d’ampleur nationale, When the Light Breaks insuffle un premier élément de dépossession au cœur de cette journée désastreuse.

Avec un grand nombre de victimes, l’émotion est nationale, partagée par tout le pays. Le drame est incontournable, chaque islandais est choqué et ému. Les proches des victimes doivent trouver leur place au sein de cette communion de tout un pays. La mise en parallèle de la grande échelle et du ressenti intime perturbe le deuil de la jeune Una et ses amis qui doivent partager leur deuil avec toute une nation. Si la compassion est de mise, qui sait véritablement ce qu’ils sont en train de vivre ?

When the Light Breaks © 2024 Compass Film & Halibut - Jour 2 Fête

Degré de désespoir

Pour Una, ce décalage est d’autant plus cruel car elle ne peut pas exprimer pleinement sa douleur. Elle doit faire bonne figure car Klara, la petite amie de Gunni qu’elle rencontre pour la première fois, se joint au groupe. Una est de nouveau dépossédée de son deuil, de la façon la plus douloureuse.

Au sein du groupe réuni pour se soutenir mutuellement, Una n’a pas le droit de craquer. Elle a le droit d’être triste, évidemment mais avec retenue. Qui comprendrait qu’elle soit aussi peiné que Klara ? Cela serait suspect. Dévastée, l’étudiante souffre en silence. Gardant difficilement son secret, elle explose lors d’une danse en groupe salvatrice. Une scène hypnotisante, libératrice de sa souffrance à l’écran. Rúnar Rúnarsson filme magnifiquement cette pudeur imposée, parfaitement retranscrite par la jeune comédienne qui tente de masquer cette rage interne face à une double injustice qui la consume. Évoluant en zone grise, When the Light Breaks dresse le portrait saisissant d’une victime qui ne peut pas prendre sa place dans le processus de deuil collectif.

Malgré cette douleur, le drame ne s’enfonce pas dans la rage et le désespoir. Il se fait étonnamment lumineux à travers la relation qui se crée entre Una et Klara. La beauté du film réside dans ce rapprochement improbable et pourtant tellement évident de deux âmes dévastées qui partagent, pour l’une d’elle sans le savoir, la même douleur. Une sororité à travers la rivalité et la jalousie qui s’avère bouleversante pour ce qu’elle dit de notre humanité face à l’indicible.

When the Light Breaks © 2024 Compass Film & Halibut - Jour 2 Fête

Entre deux couchers de soleil symboliques d’une vie qui continue malgré tout, When the Light Breaks explore avec grâce un deuil impossible à exprimer. Une situation cruelle qui enfante d’une œuvre d’une grande beauté formelle et à la résilience lumineuse.

> When the Light Breaks (Ljósbrot) réalisé par Rúnar Rúnarsson, Islande – Pays-Bas – Croatie – France, 2024 (1h20)

When the Light Breaks (Ljósbrot)

Date de sortie
19 février 2025
Durée
1h20
Réalisé par
Rúnar Rúnarsson
Avec
Elín Hall, Mikael Kaaber, Katla Njaálsdóttir, Baldur Einarsson, Águst Wigum, Gunnar Kristjánsson
Pays
Islande - Pays-Bas - Croatie - France